Servir en L'attendant

Questions à un praticien

Daniel DEJARDIN1 interviewé par Reynald KOZYCKI

Daniel, en simplifiant les choses, quelles grandes catégories de troubles constates-tu dans ta pratique ?

Notre travail en psychiatrie consiste à repérer des symptômes qui renvoient à trois types de troubles :

On a l'impression que les personnes atteintes par exemple de psychoses maniaco-dépressives ont du mal à en sortir ?

En effet, dans ce genre de troubles psychiatriques, la personne devra apprendre à vivre avec sa maladie, elle en sera toujours porteuse, avec des phases de stabilité, des phases de compensation. C'est une maladie au long cours qui accompagne la personne.

Utilises-tu une méthode plus particulière pour le traitement d'une personne dépressive ?

La dépression est une maladie psychiatrique grave, durable, installée au moins pour de longs mois (elle est différente de la petite déprime passagère). Le noyau dur est ce qu'on appelle dans notre jargon, une inhibition psychomotrice, c'est-à-dire une inertie, un ralentissement de tout le fonctionnement psychologique et physiologique de la personne. Pour ma part, je distingue trois temps dans la prise en charge :

As-tu un traitement particulier pour les chrétiens qui passent par des temps difficiles ?

La prise en charge d'un chrétien est peu différente de celle d'un non-chrétien. Les trois étapes qui viennent d'être mentionnées sont les mêmes.

Mais la grande différence pour le chrétien, c'est que tout se vit sous le regard de Dieu, et il le sait, à la différence du non-chrétien. C'est par ce lien à Dieu que nous sommes vivants, et c'est dans ce lien avec Dieu que tout ce que nous vivons prend son sens.

Notre combat de chrétien, c'est de garder la foi. C'est là que doit porter tout notre combat, toute notre énergie. Garder la foi que Dieu est bon, juste, qu'il est notre Père miséricordieux, que c'est lui qui nous fait vivre, quels que soient nos doutes et nos questions sans réponse.

Totalement intriqué au travail psychologique, je donne une grande importance à raviver, à muscler la foi, seul bouclier pour éteindre les traits enflammés du malin. Même si le chrétien ne guérit pas plus vite que le non chrétien, il va remporter une grande victoire en s'accrochant et en ne doutant pas de la grâce de Dieu pour lui. La prise en charge psychologique et l'accompagnement spirituel ne font qu'un, je ne les distingue pas personnellement. Avec le non chrétien, autant que je le peux, j'amorce toujours une question sur la foi. La dépression peut parfois, et j'en ai été témoin, être l'occasion d'une transformation qui aboutit à une nouvelle naissance.

Dans les milieux évangéliques, il y a toutes sortes « d'accompagnements » spirituels de personnes en difficulté. Je sais qu'un petit nombre de « conseillers » se focalisent parfois sur « les péchés des ancêtres », qu'en penses-tu ?

Cela me paraît extrêmement dangereux, et non fondé bibliquement.

Il y a effectivement des « modalités de comportements», des «symptômes transgénérationnels » que je peux transmettre. Par exemple si je gère mon angoisse par la colère, je peux très bien transmettre cette façon de réagir à mon enfant. Mais cela n'a rien à voir avec la transmission, de génération en génération, d'une emprise satanique.

Nulle part dans la Bible, il est enseigné de confesser les péchés de ses pères. On est responsable devant Dieu de ses propres péchés et la grâce de Dieu couvre mon péché dans la repentance personnelle. On ne doit pas se déresponsabiliser de son propre péché.

Quelques personnes ont tendance à vivre des «délires mystiques» ; as-tu rencontré de tels cas ?

Ces délires apparaissent surtout chez les psychotiques (ceux qui sont atteints mala-dies psychiatriques graves). On observe des interprétations sur Dieu, sa personne et ses interventions qui sont délirantes. Elles ne sont absolument pas fondées bibliquement. Tout le travail consiste à ramener ces personnes à connaître le vrai Dieu, celui de Jésus-Christ.

J'avoue que j'ai rarement vu cela chez les chrétiens évangéliques.

Par contre avec les chrétiens évangéliques, on peut voir des culpabilités exagérées. Il est utile dans ces cas-là d'utiliser la Bible objectivement pour voir ce qu'elle dit du péché, du pardon.

Propos recueillis par Reynald Kozycki

NOTE 1 : Membre de l'Eglise C.A.E.F. à Digne, Daniel Déjardin est psychiatre pour enfants et adultes, médecin des hôpitaux.

© Servir en l'attendant. Article tiré du N°3. Mai-Juin 2003. Tous droits réservés.
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