P Retraités et engagés
Interview de Jean et Lydie Luppino par Alain Kitt
Une idée qui fait son chemin : employer ses années de retraite à un engagement spécifique dans le service du Seigneur.
Jean LUPPINO, retraité d'EDF ; et son épouse LYDIE, originaires de Cannes et Grasse, se sont installés à Gap dans les Hautes-Alpes. Là, ils se sont intégrés dans l'Eglise Evangélique Le Rocher.
Allan Kitt leur a posé quelques questions pour les lecteurs de Servir.
A.K. Bonjour, Jean et Lydie. Voilà presque trois ans que vous vous êtes installés à Gap. Comment avez-vous décidé de venir dans cette ville ? Quelles sont vos responsabilités dans l'Eglise ?
Jean et Lydie : Lorsque s'est engagée la procédure de départ à la retraite, nous nous sommes demandé où nous voudrions la passer. Un penchant commun pour le calme et l'attrait de la montagne nous ont orientés de ce côté, à condition de pouvoir habiter à moins d'une dizaine de kilomètres d'une communauté chrétienne.
Nous avons trouvé, à Gap, l'Eglise Protestante Evangélique Le Rocher, une Eglise membre de notre famille spirituelle. Au départ du pasteur Hans Wyttenbach, Jean s'est intégré dans l'équipe du Conseil Spirituel comme ancien et dans le Conseil d'Eglise. Lydie a eu cette année la charge d'encadrer avec d'autres le groupe des préados.
A.K. Comment toi et Lydie aviez-vous prévu votre retraite, et comment la vivez-vous maintenant ?
J. & L. Après 25 ans de vie professionnelle et de vie d'Eglise bien actives à Ajaccio et à Marseille, nous avions plutôt envie de « débrancher » quelque temps. A cet effet, nous avions établi le canevas-type du parfait Retraité Heureux en privilégiant du temps pour nous deux, avec un peu d'implication dans une œuvre humanitaire, en incluant bien sûr dans cette liste un second rôle dans l'Eglise... Le Seigneur devait sourire de notre candeur ! Ses voies et ses pensées ne sont pas les nôtres, et c'est tant mieux, car nous passerions à côté des projets qu'il a conçus et préparés à notre intention.
C'est donc essentiellement dans le cadre de l'Eglise locale que nous consacrons du temps. Nous rendons visite aussi à nos enfants et petits-enfants (Paris, Aveyron, Sud de la France), et mon engagement à la Croix Rouge comme formateur aux premiers secours me permet d'être en contact avec l'extérieur.
A.K. Pouvez-vous partager avec nos lecteurs quelques avantages que vous trouvez dans cette façon de s'engager ? Des ouvertures ? Des frustrations ?
J. & L. Connaissez-vous un meilleur employeur que Jésus-Christ ? Nous pouvons accomplir dans la paix les tâches qu'il nous donne. Si des phases de suractivité génèrent des frustrations ou du découragement, nous nous déchargeons sur Lui pour le laisser gérer ce temps, et pour qu'il remédie à nos manquements et aux imperfections.
Un problème : nous ne voulions plus utiliser l'agenda, mais nous constatons avec effarement qu'il se remplit malgré nous. Si nous devions accomplir ce qui est prévu, le compteur annuel afficherait environ 430 jours d'activités ou d'occupations ! C'est donc un sujet de frustration que de ne pouvoir réaliser tout ce que nous aimerions faire dans le cadre de la Société Internationale Missionnaire et dans l'Eglise.
A.K. Votre expérience vous permet-elle de donner quelques conseils aux lecteurs qui réfléchissent à la manière de vivre leur retraite ?
J. & L. Il est difficile de donner des conseils alors que nous en aurions besoin nous-mêmes ; mais voici quelques réflexions qui nous ont aidées :
- « Choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir » : c'est un choix fondamental qui va déterminer la qualité de ce temps de retraite. A priori, les retraités jouissent de beaucoup de temps libre ; tandis que leurs facultés sont encore en bon état, c'est le moment opportun pour se consacrer en priorité à l'étude systématique de la Parole de Dieu. Diverses possibilités sont offertes, telles que les cours décentralisés, les ouvrages d'études et autres.
- Nous pouvons être tentés de compenser la diminution de contraintes liée à la retraite par de l'activisme ; mais les nombreux besoins dans l'Eglise et dans la société n'impliquent pas nécessairement d'être au four et au moulin. Il est sage quelquefois d'écarter telle activité ou tel service qui n'est pas en rapport avec la capacité que Christ nous a accordée.
- Il est utile d'établir une liste des activités à poursuivre ou à envisager ensemble afin de ne pas se laisser submerger. A ce propos, nous ne négligerons pas de pratiquer l'art d'être grands-parents. C'est une période unique et heureuse : jouissons-en et faisons-en profiter nos petits-enfants !
« Ouvrez les yeux et regardez, priez, partez » (Jn 4.35 ; Lc 10.2-3) : tels devraient être les mots d'ordre pour des retraités qui veulent être utiles au Seigneur et disponibles pour les hommes et les femmes de notre temps.
A.K. Merci, Jean et Lydie, d'avoir partagé votre expérience avec nous. Que Dieu vous accompagne dans cet engagement à deux !